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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 16:16

Principes de Crédit Social

par C.‑H. DOUGLAS

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Traduction W.G. SERRA

 

 

Le vaste système financier qui régit le monde n'est autre chose en somme, que le système industriel mondial, unité. et entité économique considérée sous un angle spécial, exactement comme le département technique d'une usine moderne peut être considéré comme étant cette usine elle-même, puisqu'il en est le cœur.

L'on ne saurait utilement discuter du système financier actuel si l'on ne reconnaît :           

a) Qu'un système industriel quel qu'il soit doit avoir un objet défini ;

b) Une fois cet objet bien arrêté, que ce n'est plus qu'une question purement technique d'y adapter telles méthodes de psychologie humaine aux faits physiques qui permettront d'atteindre cet objet plus facilement.

En ce qui concerne a), la politique générale du système économique mondial se ramène à une philosophie de la vie.

En fait, en ce qui concerne l'organisation économique du monde, l'on a le choix entre trois politiques :

1° La première est que cette organisation soit une fin en soi pour laquelle l'homme existe

2° La seconde est que, sans être une fin en soi, elle soit néanmoins le moyen le plus parfait de contraindre l'homme à faire ce qu'il ne désire pas toujours faire ; et c'est un système de Gouvernement. Ceci implique un idéal défini de ce que le monde devrait être ;

3° La troisième enfin, est que l'activité économique n'est tout simplement qu'une activité fonctionnelle de l'homme et de la femme dans le monde :                  

                – Que la fin de l'homme, bien qu'inconnue, est celle vers la­ quelle tend, par l'expansion libre de son individualité; le progrès le plus rapide réalisé chaque jour ;

                – Et que, par conséquent, le maximum d'efficacité d'une organisation économique n'est vraiment obtenue que lorsque celle­-ci permet la satisfaction la plus aisée et la plus rapide possible des besoins économiques, sans empiéter sur les autres activités fonc­tionnelles humaines.

L'on ne saurait trop se pénétrer de ces principes, parce que, tant que l'on ne les aura pas saisis clairement, il n'est pas possible d'avoir une opinion quelconque sur quelque proposition écono­mique que ce soit.

 

En ce qui concerne b), certains facteurs doivent être pris en sérieuse considération

1° L'argent n'a aucune réalité en soi. Cela peut être de l'or, de 1'argent, du cuivre, du papier, des coquillages ou des morceaux de tasse à thé. Ce qui en fait de l'argent n est purement une af­faire de psychologie, et conséquemment il n'y a aucune limite à la quantité d'argent qui peut exister, excepté une limite psycho­logique.

2° La production économique est simplement la conversion d'une chose en une autre ou transformation de la matière, et c'est en premier lieu une question d'énergie. Il semble très probable que l'énergie et la production ne sont uniquement limitées que par l'état et le degré de perfectionnement de nos sciences appli­quées.

3° Dans la crise mondiale actuelle, deux facteurs totalement distincts sont confondus. La soif de démocratisation de l'industrie tire au moins 90% de sa force du désir de démocratisation des produits de l'industrie, ce qui est une chose tout à fait différente. Cette confusion s'accroît du fait objectif que les chefs qui contrôlent d'industrie deviennent riches absolument en dehors de leur propre contrôle.

 

Je ne crois personnellement pas plus au contrôle démocratique de l'industrie que je ne crois au contrôle démocratique d’une équipe de cricket lorsqu'elle est en train de jouer, et je crois que l'idée que l'individu moyen demande une part dans le contrôle administratif de l'industrie est un mythe pur.

 

Le système financier mondial actuel est un gouvernement basé sur la théorie que les hommes doivent être contraints au travail, et cette théorie est mêlée dans une large mesure à cette autre plus générale que la fin même de l'homme est le travail.

Je voudrais que l'on se rende compte que ce n'est là qu'une simple constatation de faits, non une théorie.

Plus de 95% du pouvoir d'achat actuellement dépensé dans la consommation est constitué pair les salaires et les gages. L'on constatera, par conséquent, qu'il y a deux points de vue desquels l'on peut examiner son mécanisme.

Le premier, qui le considère comme une méthode pour arriver à la fin politique du travail universel ;

Le second, qui le considère comme un moyen d'arriver à une fin politique d'autre sorte, par exemple, la troisième politique exprimée plus haut.

 

Considéré comme un moyen de contraindre les populations au travail (un but qui est. commun à la fois à la politique des partis capitalistes et du parti socialiste), le système financier existant, en tant que système est à peu prés parfait.

Son système bancaire, ses méthodes de taxation et de. comptabilité contrecarrent tout développement des sciences appliqués de l'organisation générale et de la mécanisation, de telle sorte que l'individu, au lieu de pouvoir profiter de ces progrès seul, forme  d’une civilisation plus haute et dune plus grande liberté, est tout simplement appelé à travailler davantage. Tout autre facteur est ultimement sacrifié à cette fin de procurer plus de travail à l'homme et en ce moment, le monde en général, et l'Europe en particulier; sont indubitablement attelés à une politique de production intensive pour l'exportation, qui doit inévitablement aboutir à un cataclysme mondial, auquel par surcroît le mène le problème toujours plus angoissant du chômage.

Blâmer le système actuel parce qu'il ne procure pas de travail est absolument injuste. Abandonné à lui-même, il continuera de procurer du travail avec tout nouveau progrès scientifique, même au prix d'une guerre universelle, dans laquelle non seulement toute production possible serait détruite, mais après laquelle ce qui resterait de la population du globe en serait très probablement réduit à la maigre production du Moyen‑Age.

Considéré comme un mécanisme de distribution des marchandises, le système financier actuel est radicalement défectueux. Tout d'abord, il ne procure pas assez de pouvoir d'achat pour acheter toutes les marchandises qui sont produites.

Je ne désire pas entrer ici dans l'analyse des raisons pour lesquelles il en est ainsi, parce que c'est toujours une question de chaude controverse. Je n'hésite toutefois pas à affirmer que non seulement il en est ainsi, mais bien mieux, que le fait qu'il en est ainsi est le fait capital, central, du système économique actuel. Et tant que l'on ne l'aura pas réglé, aucune réforme quelle qu'elle soit ne sera d'une utilité quelconque.

Le second fait d'égale importance est qu'un nombre considérablement moindre que celui actuellement employé d'individus, travaillant avec les outillages et les procédés perfectionnés d'aujourd'hui, peut produire tout ce dont la population totale du globe a besoin, et peut, en fait, consommer. Et cette situation est en progrès continuel, c'est‑à‑dire que chaque année, un nombre moindre d'individus est utilisé à la production économique.

En résumé, les principes qui doivent dominer toute réforme du système financier pour éviter une catastrophe et ré‑orienter la politique économique mondiale dans la voie de la troisième politique exposée au début de ces lignes, sont au. nombre de trois :

1 - Que les crédits de caisse (c'est‑à‑dire l'argent qui existe dans la poche) de la population de n'importe quel pays, doivent à tout moment être collectivement égaux aux prix collectifs des marchandises consommables offertes à la vente dans le pays, et ces crédits de caisse seront annulés par l'achat des marchandises consommables.

2 - Que les crédits nécessaires pour financer la production doivent provenir, non de l'épargne, mais de nouveaux crédits se rapportant à une nouvelle production.

3 - Que la distribution des crédits de caisse aux individus dépendra de moins en moins du fait de leur emploi dans l'industrie. C'est‑à‑dire qu'un  Dividende Social remplacera progressivement le gage et le salaire.

Je veux conclure par quelques remarques sur ce que serait la situation des banques dans le nouvel ordre de choses. .

L'on commence à comprendre que les banques détiennent entre leurs mains tout le càntr8le de l'émission de tout pouvoir d'achat. L'on reproche généralement aux banques de distribuer de gros dividendes. Mais, dans mon opinion, la seule chose qui ne soit pas critiquable en ce qui concerne les banques, c'est précisément leurs dividendes.

Parce que ce dividende va aux actionnaires ; c'est du pouvoir d'achat. Mais leurs énormes bénéfices cachés, dont une faible portion seulement va à la construction de fastueuses installations toujours plus nombreuses, ne fournit de pouvoir d'achat à personne, et ne sert qu'à agrandir les banques en tant que banques seulement.

Le seul point essentiel dans la situation des banques qui soft très difficile à expliquer et que , si peu de gens .comprennent, est que leur véritable actif n'est pas représenté par quoi que ce soit d'actuel, de réellement palpable, mais par la différence qu'il y a et que l'on conçoit entre une société vivant sous un régime de crédit centralisé et restreint, et une société libre qui n’est pas embarrassée par les restrictions financières. Pour exprimer cette généralisation quelque peu vague sous une forme concrète, l'actif véritable des banques consiste collectivement dans la différence entre le montant total de monnaie légale qui existe, et le montant total de monnaie ou crédit bancaire qui, non seulement existe, mais peut exister, mais qui n’est pas mis en circulation par la décision préméditée et concertée de l'exécutif des banques.


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