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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 10:33


   L'on sait que le rapport de deux grandeurs est le nombre qui exprime la mesure de l'une quand l'autre est prise pour unité.
   Le prix des biens et services est l'expression de leur valeur rapportée à une commune mesure appelée étalon ou unité monétaire.
   Le prix est la valeur économique des objets  (c'est-à-dire une estimation dans laquelle entrent les composantes d'utilité, de qualité, de rareté, etc.) quand on les compare à l'étalon monétaire. Le prix lui-même ne s'exprime pas autrement que par un nombre. Telle est la vraie notion du prix.
   Mais ensuite, l'utilisation de symboles matériels (la monnaie, ou "argent") pour représenter les nombres ou rapports que sont les prix, a grandement contribué à obscurcir et enfin à masquer complètement la notion de prix elle-même, parce que ces symboles ont été faits de matières ayant elles-mêmes une valeur intrinsèque. Ces processus, d'abréviation verbale et de représentation matérielle des prix, ont insensiblement conduit à penser, par syllogisme, que le prix des biens et des services correspondait à des quantités déterminées d'étalons, des quantités déterminées de "monnaie", que le prix était la valeur "appréciée en monnaie"; et, par conséquent, que la valeur de l'ensemble des biens et des services se mesurait par l'ensemble de la monnaie; - en d'autres termes, que la monnaie était "la commune mesure" des valeurs, tandis que l'étalon "ne correspondait à rien de précis".
   C'est donc par une méprise fondamentale due à ce phénomène de concrétisation fallacieuse que l'on a voulu voir dans l'or le fondement d'une "bonne monnaie", alors qu'en fait, il n'y a aucune correspondance, aucune relation quelconque entre les deux, ni entre l'or et les prix. Le dogme de l'or, fondement de la monnaie, était et est toujours une absurdité.
   Aujourd'hui même, l'on perd complètement de vue que :
  (a) les billets et pièces métalliques utilisées couramment dans l'achat et la vente sont simplement des multiples de rapports types marchandises/étalon-franc (ou euro);
  (b) les crédits et toutes les formes qu'ils prennent représentent les valeurs rapportées à l'étalon-franc (dollar ou euro) des biens et des services produits ou à produire.
  La situation se complique encore de deux autres faits qui constituent deux objections majeures au système actuel de représentation des valeurs.
   Tout d'abord, la monnaie, qui devrait être la représentation matérielle adéquate des valeurs des objets économiques quand on les compare à l'étalon monétaire, est une quantité essentiellement variable mais délibérément maintenue rare "pour lui conserver sa valeur" (la rareté étant, pour l'économie orthodoxe, l'essence même de la valeur). Aujourd'hui, la plus grande partie de l'argent (monnaie) existant est constituée par des crédits bancaires créés par les banques dans une proportion conventionnelle de leur encaisse, laquelle est constituée par du numéraire (billets, pièces métalliques presque sans valeur; valeurs et dépôts) gagé, anciennement, par le stock d'or de la Banque d'Emission.
   1° La première objection majeure est donc que la représentation actuelle des valeurs par la monnaie n'est pas adéquate. D'une part, en effet, la monnaie est maintenue rare pour lui conserver sa valeur; et d'autre part, les biens et les services que l'homme crée pour la satisfaction de ses besoins économiques, sont produits en abondance, mais voient leurs prix varier en fonction de l'argent existant. L'on aboutit à ce paradoxe de vouloir distribuer l'abondance par un moyen matériel que l'on s'ingénie à maintenir aussi rare que possible.
   Tout se passe exactement comme si, pour mesurer les longueurs, l'on créait un nombre variable, mais toujours insuffisant de mètres-étalons et que l'on prétendit
   (a) que non seulement cette quantité insuffisante d'étalons est la "commune mesure" de toutes les longueurs;
   (b) mais encore que les longueurs doivent varier en fonction de la quantité de mètres-étalon existante.
   C'est évidemment absurde, mais c'est bien dans cette absurdité que nous vivons. Il doit être clair que ce ne sont pas les prix qui doivent varier en fonction de la monnaie (ou "argent") existante, c'est-à-dire de leur représentation; ce n'est pas la monnaie qui doit commander les prix ; - mais qu'au contraire, c'est la monnaie (ou argent) - la représentation - qui doit être créée d'une manière adéquate et en abondance telle qu'elle reflète adéquatement les valeurs des biens et des services qui sont abondants. La monnaie, conçue comme représentation adéquate des valeurs des biens et services, est donc un système de comptabilité et un mécanisme d'administration. Sa fonction propre est de fournir à la production les indications nécessaires pour produire moins ou davantage selon que la demande réelle (et non la demande effective) - a atteint ou non son point de saturation; sa fonction est encore de fournir les indications nécessaires à la distribution des biens et des services. Telle est la véritable fonction de la monnaie. C'est la dénaturer complètement que de voir en elle la "commune mesure des valeurs" et un "réservoir des valeurs".
   2° La deuxième objection majeure est d'une autre nature.
  Ce sont les banques qui créent les crédits bancaires représentant la plus grande partie de 1'argent en circulation.
  Ces crédits sont créés, nous l'avons dit, dans une proportion conventionnelle de leur encaisse. Ces crédits créés strictement du néant, sont considérés par les banques comme leur propriété. Or, que représentent-ils ? Ils représentent l'aptitude de la collectivité à produire des biens et des services, et leur création se justifie, aux yeux du banquier, par l'hypothèse que la collectivité, une fois en possession (sous forme de salaires, bénéfices, etc.) de l'argent ainsi créé -  ou plutôt d'une partie -, l'utilisera à acheter les biens produits, l'argent faisant ensuite retour aux banques pour l'annulation des crédits.
   En fait, les crédits créés par les banques sont le crédit de la collectivité et les banques se l'approprient indûment. Ce que les banques font pour leur seul bénéfice, l'Etat peut le faire pour le bénéfice de la Nation. C'est l'Etat qui, seul, doit créer et contrôler le crédit, qui est le bien de la Nation. Les banques ne peuvent agir que comme des agents de distribution et d'exécution. C'est à l'Etat seul qu'appartient le droit régalien de "battre monnaie", c'est-à-dire de créer du crédit.
   Quand on se sera bien rendu compte de la nécessité de cette réforme fondamentale qui sera, cette fois, une réelle "réforme de structure"; quand on se sera rendu compte de l'inutilité ridicule des nationalisations qui ne changent rien à la situation parce que les banques même nationalisées continuent de créer le crédit pour leur seul bénéfice en tant que banques, l'on y  ajoutera la création de la véritable comptabilité nationale qui n'existe absolument pas aujourd'hui, mais qu'il est urgent d'organiser.
  “Les variations des prix provenaient de l'offre et de la demande; or il existe d'autres causes de ces variations, celles dont l'origine est monétaire. Les prix rempliraient correctement leur mission en régime individualiste que si la monnaie était neutre, c'est-à-dire n'avait aucune influence sur eux. Malheureusement il n'en est pas ainsi et trop souvent la monnaie, qui devrait rester modestement à l'arrière-plan, est devenue grande vedette sur la scène économique” (Louis Baudin, "Manuel d'économie politique", 1945).
   Il est évident, et chacun s'en rend compte tous les jours, que le système financier orthodoxe d'aujourd'hui, dont la première préoccupation est de maintenir la rareté à la fois des produits et de l'argent "pour en maintenir la valeur", est fondamentalement incapable d'assurer une répartition des avantages de l'association humaine qui soit équitable et qui donne satisfaction à chaque individu. Nous avons vu que le salaire est un élément des prix qui diminue sans cesse, et que le fossé entre les salaires (et généralement les revenus) et les prix, loin de se combler, s'élargit continuellement. Cette différence croissante est mathématique, et l'on reste confondu de la sottise des économistes orthodoxes officiels qui se refusent à voir l'évidence, à admettre et à comprendre les raisons de cette situation.
   Le salaire n'est donc pas une base équitable de répartition. Par ailleurs, une partie importante de la collectivité (femmes au foyer, enfants, vieillards) qui est inemployée, ne touche pas de salaires et n'a donc aucun moyen d'avoir accès à ces avantages, pourtant toujours plus nombreux eux-mêmes. Il faut donc de toute nécessité trouver une base de répartition nouvelle qui, aujourd'hui, supplémente le salaire et qui par la force des choses, le remplacera progressivement, puisqu'il décroît sans cesse par rapport au prix (cf. Pouvoir d'achat).

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Published by credit-social
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